Charnier des Jacobins 2

  • Pour la seconde fois depuis le début de l’année 2016, la SARF 72 s’adresse par courrier à la DRAC des Pays de Loire à propos de l’avenir des ossements trouvés dans le charnier des Jacobins. Ce courrier a pour but d’exposer le point de vue de la SARF suite  au rapport rendu par Monsieur Gérard ( ne surtout pas confondre avec le « Père Gérard » ) sur le devenir desdits restes humains. Son contenu faisant en garde partie doublon avec le suivant nous ne le preproduisons pas ici.
  • Emportés dans leur élan républicain, les rédacteurs compulsifs de la SARF 72 en ont profité pour écrire à Madame la Ministre de la culture et de la communication. Consulter ce courrier ici : 

 

"SOCIETE DES AMIS DE LA REVOLUTION FRANCAISE

                              (CLUB RENE LEVASSEUR)

 

              à madame la Ministre de la Culture et de la Communication

Objet : Devenir des restes humains exhumés au Mans

La SARF, créée en 2009, se fixe pour objectifs l’approfondissement et la diffusion des connaissances sur la Révolution française et la défense des principes et des valeurs dont nous sommes les héritiers. A ce titre, elle tient à attirer votre attention sur le devenir des ossements d’époque révolutionnaire exhumés au Mans à l’occasion des fouilles préventives qui ont précédé le réaménagement du quinconce des jacobins.

Dès leur mise au jour, plusieurs associations « vendéennes »  ou monarchistes mais aussi certains  élus politiques avaient, sans attendre la moindre analyse, décrété que tous ces ossements étaient vendéens et demandaient avec véhémence leur « rapatriement » en Vendée. A ce jour, ils sont stockés dans les locaux de l’INRAP mais cette campagne idéologique vient d’être relancée par la remise du rapport de fouilles. Certaines propositions sont trop extravagantes (ossuaire souterrain centré sur l’église de Saint-Martin-Lars, avec office religieux catholique annuel » et identification par ADN financée par un « Fond d’indemnisation du génocide vendéen » ) ou d’un caractère politique trop voyant (crypte de la chapelle du Mont-des-alouettes aux Herbiers, haut lieu de la mémoire légitimiste, réinhumation au « champ des martyrs » où reposent les émigrés fusillés pour avoir débarqué à Quiberon sous l’uniforme anglais) pour être retenues, même par les partisans d’un transfert en Vendée. D’autres, en revanche, hypocritement présentées sous le signe de la « réconciliation », semblent séduire les tenants d’une repentance, officielle ou non, de la République.

A cette fin, Monsieur Retailleau, sénateur et président du Conseil régional des Pays de la Loire,  a mis en place, avec l’assentiment de l’INRAP, un « comité scientifique » de deux personnes dont la seule raison d’être serait de déterminer le lieu où seront stockés ou réinhumés les ossements. Le caractère purement fictif de ce « comité » vient d’être révélé par le dépôt unilatéral, par l’un des deux « experts », monsieur Alain Gérard, par ailleurs administrateur du Souvenir vendéen et directeur du Centre vendéen de recherches historiques -, d’un « rapport » qui a plus à voir avec l’idéologie et les arrières pensées politiques qu’avec les sciences humaines et dont la presse s’est immédiatement emparée.

L’auteur renvoyant in fine la décision à l’Etat, nous tenons bien évidemment à vous faire part des remarques que ce « rapport » nous inspire.

Nous y relevons, en premier lieu, une singulière propension à solliciter les textes ou à les lire de manière sélective. Quelques exemples suffiront à le souligner.

 Monsieur Gérard fait notamment référence à l’enquête diligentée, en 1798, par la Commission centrale de correspondance des arts. On y apprend que lors de leur séjour au Mans, les vendéens « demandèrent des vivres, des chemises, bas, souliers et vêtements que chacun ne put leur refuser », « pillant indistinctement les républicains et les aristocrates » qu’ils « n’épargnèrent pas les logements, meubles, effets et comestibles qu’ils trouvaient dans les maisons des officiers publics, ou dans celles que les propriétaires ou locataires avaient évacuées », qu’ils ont « pillé et volé » l’argenterie, les ornements épiscopaux, les provisions de bouche, le vin, les liqueurs, les meubles, les lits chez l’évêque constitutionnel, les effets et marchandises chez le maire Pottier de la Morandière, ou encore chez madame Caillon, épicière. La maison du département, celle de la municipalité, la bibliothèque publique furent saccagées, les registres du greffe jetés par les fenêtres. Une sentinelle qui avait refusé de crier « vive le roi », un prêtre constitutionnel, plusieurs citoyens et des prisonniers furent sommairement exécutés. Qu’en retient monsieur Gérard: « aucune violence ni pillage partout où ils [les vendéens] ont rencontré des maîtres de maison ». Les royalistes ne risquaient pas, il est vrai, d’en rencontrer beaucoup, la population masculine ayant massivement  quitté la ville pour ne pas être incorporée de force ! Un historien sérieux peut-il l’ignorer ?

Voulant absolument faire de la bataille du Mans une préfiguration des exactions des « colonnes infernales », monsieur Gérard fait référence, sans le citer, et pour cause, à l’article VIII de la loi du premier août 1793, article qui dit la chose suivante : « Les femmes, les enfants, les vieillards seront conduits dans l’intérieur. Il sera pourvu à leur subsistance et à leur sûreté avec tous les égards dus à leur humanité ». Traduction de monsieur Gérard (reprise quasiment mot pour mot du pamphlétaire monarchiste Reynald Sécher) : « La Convention décide de détruire la Vendée et d’en déporter les vieillards, les femmes et les enfants ».

Tout le texte est, d’un point de vue factuel, à peu près de la même eau. Concernant la bataille du Mans, les durs combats qui ont opposé sans merci monarchistes et républicains se résument au massacre des « gens restés dans les ruelles et les maisons». Il serait trop long de montrer à quel point monsieur Gérard travestit les faits mais ils sont suffisamment documentés pour que chacun puisse vérifier que, contrairement à ce que suggère monsieur Gérard, ces « gens » sont, en réalité, des combattants déterminés. Tout au long de l’actuelle rue nationale, chaque maison doit être emportée à la baïonnette, avec le « nettoyage » que cela suppose.

Pour faire coller les données archéologiques et anthropologiques à la thèse d’un pur massacre annonciateur des atrocités des « colonnes infernales », monsieur Gérard sollicite le rapport présenté par l’équipe de madame Cabot et de monsieur Chevet. Parmi les victimes, nous dit-il, « les deux tiers sont des hommes ; on compte aussi 18 adolescents, un enfant et un fœtus », ignorant ces précisions des chercheurs : les adolescents sont socialement des adultes et, plus précisément des combattants ; le squelette de l’enfant ne porte aucune lésion permettant d’identifier les causes de sa mort ; quant au fœtus, son décès est lié à celui de la mère probablement étouffée ou piétinée au cours de la bousculade meurtrière du pont Perrin dont monsieur Gérard se garde de faire mention.

Autre sollicitation du rapport de fouilles : le nombre de polytraumatisés témoignerait d’un acharnement sur les victimes. Un historien en mission « d’expertise » peut-il ignorer que les rues ont été, de part et d’autre, balayées par la mitraille, que l’on s’est battu au corps à corps, que les retranchements ont été emportés et nettoyés à la baïonnette, que la nécessité de soutenir une guerre contre toute l’Europe imposait aux républicains d’en finir ? Ou monsieur Gérard prend naïvement la guerre civile pour un tournoi chevaleresque, ou il poursuit d’autres buts.

Ses propositions, quant aux lieux possibles de stockage ou de réinhumation,  témoignent bien de ses partis-pris idéologiques.

Il est heureux que soient écartés la chapelle du mont des Alouettes, symbole sans doute trop voyant de la mémoire légitimiste, et qu’il s’abstienne de mentionner le « champ des martyrs » d’Auray, ces « martyrs » ayant été fusillés pour avoir débarqué à Quiberon sous l’uniforme anglais. Le choix avancé, l’abbatiale de Saint Florent-le-Vieil, est-il moins extravagant ? Qu’on en juge par les arguments avancés, ouvertement ou non :

  • c’est le lieu où mourut Cathelineau, le « saint de l’Anjou », auquel une chapelle est consacrée ;
  • c’est le point de départ de la virée de Galerne qui ne fut pas la fuite éperdue que monsieur Gérard voudrait nous faire croire mais une expédition militaire visant rien moins qu’à soulever tout l’ouest, à marcher sur Paris et à ouvrir un port aux Anglais, ce dont monsieur Gérard se garde de faire mention ;
  • c’est là que « culmine la dissymétrie » entrele « pardon de Bonchamps » et la « loi de sang » du 17 mars 1793. La générosité du royaliste opposée à la férocité des révolutionnaires : voilà qui en dit long de la symbolique du lieu.
  • Enfin, là est le fond de la question, ce « pardon de Bonchamps » ferait de Saint-Florent-le-Vieil un « lieu par excellence de mémoire (pour qui ?) et de réconciliation » (ce qui est pour le moins discutable).

Pour réconcilier qui, en effet? Nonobstant le fait que tous les Vendéens n’étaient pas monarchistes (ce qui échappe généralement aux nostalgiques de l’Armée catholique et royale), la Vendée fait aujourd’hui partie de la République Une et Indivisible et les Vendéens sont des citoyens français à part entière. Nous voyons mal en quoi il y aurait lieu, plus de deux siècles après les événements, de réconcilier certains Vendéens avec leurs compatriotes. La « réconciliation » souhaitée par monsieur Gérard et ses amis est, en vérité, d’une autre nature : il s‘agit rien moins que d’une « réconciliation » mémorielle visant à légitimer le combat de ceux qui ont frappé dans le dos la République et collaboré avec les puissances coalisées. De cette « réconciliation »-là, il ne sera, pour nous, jamais question.

Mais il y a plus. Exposer le mobilier à l’historial-de-Lucs, avec les commentaires que l’on peut imaginer, et les ossements à Saint-Florent-le-Vieil, lieu probable de démonstrations mémorielles voire ouvertement politiques, c’est réactiver la demande récurrente d’élus de Droite et d’Extrême-Droite, de voir la République repentante « reconnaître » le prétendu « génocide franco-français » et lui assurer un surcroît de légitimité. Nous rejoignons monsieur Gérard, lorsqu’il écrit : « Si les restes humains du Mans risquaient de faire rejouer d’anciennes haines, l’Etat serait dans son rôle en décidant de les conserver définitivement dans les dépôts archéologiques de la DRAC ». Nous n’éprouvons quant à nous aucune haine à l’égard des acteurs de l’Histoire, même les plus égarés. Il nous suffit de comprendre ce qui s’est passé et de défendre les principes républicains. Par contre, la lecture certains auteurs atteste que la haine des monarchistes pour la République – même s’ils n’osent plus l’appeler « la gueuse » - n’est pas éteinte.

En conséquence, la SARF ne demande rien d’autre que le respect de la loi et de celui de la mémoire des morts, principe dont se réclame explicitement monsieur Gérard. Pour ce qui est de la loi, celle de 1920 interdit le transfert des corps. Pour ce qui est du respect des morts, de quel droit enverrait-on reposer à Saint-Florent-le-Vieil  des dépouilles parmi lesquelles sont mêlés, sans qu’il soit possible de les distinguer – monsieur Gérard l’admet lui-même – des vendéens, des chouans, des républicains et des manceaux présents au mauvais endroit au mauvais moment. De quel droit déposerait-on dans la crypte d’une abbatiale, haut lieu  qui plus est, de la mémoire vendéenne, des corps qui peuvent être ceux de combattants républicains, d’hommes qui pouvaient fort bien être athées et anticléricaux. 

Sauf à déroger à la loi et aux principes moraux les plus élémentaires, les solutions sont évidentes : le mobilier a sa place au Carré Plantagenêt du Mans, les dépouilles dans les réserves de la DRAC. A cela nous nous permettrons d’ajouter un autre argument : ces ossements constituent au même titre que ceux exhumés de la strate médiévale, un  patrimoine scientifique : cette population relativement homogène, frappée de mortalité à un moment connu avec précision et solidement documentée, peut être un outil précieux pour les chercheurs de l’avenir.

Veuillez agréer, madame la ministre, l’expression de nos sentiments républicains les meilleurs.

Daniel Jouteux, président                         

Rémy Janneau, membre du Conseil d’administration"

Mort de Bara David

Le Mort de Bara, David.