mort de BaraLa SARF 72, s’est à nouveau adressée au maire « socialiste » de la ville du Mans pour s’opposer au transfert des ossements mis à jour lors des fouilles des Jacobins, dans un lieu de mémoire liés peu ou prou aux nostalgiques de la « Vendée militaire ». La société demande pour sa part soit de les conserver au musée archéologique et historique de la ville du Mans ou bien dans les réserves de la DRAC.

Dans ce courrier, la SARF 72 joignait à son courrier au maire un dossier documentaire prouvant que des républicains avaient été également enterrés dans des charnier et notamment le chirurgien René Campeaux qui avait refusé de crier «  vive le roi ! »

Lettre et dossier documentaire adressés au maire du Mans : 

« Le 17 mai 2016

À Monsieur le Maire du Mans

Objet : Histoire au Mans et respect archéologique des découvertes faites aux Jacobins.

Monsieur le Maire,

Nous venions de sortir de l’audience que vous aviez bien voulu nous accorder pour faire le point sur la position municipale concernant l’avenir des collections archéologiques et des ossements mis au jour lors des fouilles de la place des Jacobins, lorsque le lendemain-même paraissait un nouvel article de Ouest-France donnant voix à monsieur Alain Gérard au nom du «comité d’experts» mis en place par les élus de la Région et de la Vendée avec votre accord. En quelques jours, de multiples quotidiens régionaux, blogs et sites mémorialistes « vendéens » en reprenaient quelques bribes dans un battage éhonté. Outre le retentissement partisan, orchestré, apporté une nouvelle fois par la presse locale favorable à la création d’un lieu de mémoire, y était saluées vos décisions au nom de la ville et de nos concitoyens. Certains, trop nombreux, y voyant aussi l’ouverture d’une repentance de la République.

«La ville du Mans ne souhaitant pas récupérer ces restes humains» : le terme même de «récupérer» nous glace d’effroi! Il implique un abandon de droit par nos élus, bafouant l’éthique due au respect de ces dépouilles qui, toutes, appartiennent à notre histoire locale et non aux nostalgiques de la «Vendée Militaire» levée alors pour anéantir notre République.

L’article vise, de toute évidence, à peser sur les décisionspubliques. Il reprend quelques extraits, choisis, du rapport officiel que monsieur Alain Gérard a bien voulu nous transmettre (et dont vous avez certainement été destinataire).

Sa lecture interpelle: à l’évidence, sa rédaction n’est que teintée d’une relecture d’écrits anciens, inégaux, émaillés d’erreurs factuelles et sans aucune recherche novatrice. Ce texte n’avance qu’un «classement hiérarchisé» par défaut, des demandes d’associations mémorialistes sur quelques sites déjà sollicités pour accueillir les restes découverts. Sert-il d’alibi à un choix préalable? A priori, la ville du

Mans y est présentée comme initiatrice de la requête d’un lieu mémoriel!

Ce faisant, seules cinq propositions y sont décrites, la ville du Mans n’y figurant qu’en second lieu et donc de moindre intérêt. Chaque article y est organisé en une introduction et une conclusion, dite «Analyse», en caractères gras, encadrant un relevé d’événements en forme d’éphéméride, retraçant pêle-mêle l’histoire du lieu, des faits du XIXe siècle, et surtout les spécificités des groupes «mémorialistes » qui y sont attachés.

Saint Florent-le-Viel «dominant la Loire… site exceptionnel sur le grand fleuve sauvage…» est le site premier où «culmine la dissymétrie entre une loi de sang, qui voue tout révolté à la mort, et une pratique inaugurée le 25 mai à Fontenay, illustrée le 18 octobre par la grâce offerte par Bonchamps mourant à quelques 5000 prisonniers.». Très poétique, mais ambiguïté du discours puisque plus loin il est noté que cet acte ne serait attesté dans l’épopée de la Virée de Galerne qu’en 1822, par une note des Mémoires de Madame de La Rochejaquelein «qui finit par admettre

la réalité du geste de Bonchamp». Ecrite entre la royauté de Louis XVIII et la réaction monarchiste de Charles X cette petite note serait cependant à l’origine de la sacralisation locale «d’un pardon et d’une esquisse de réconciliation» concrétisée par la statue de David d’Angers (classé monument historique par l’Etat Français le 3/05/1943).

N’en resterait-il pas inconvenant d’exiler une parcelle de notre histoire municipale face à la colonne votive érigée suite au passage en 1828 de la duchesse de Berry et en mémoire de sa tentative d’un coup d’état légitimiste?

Il est vrai, qu’aujourd’hui comme hier la mémoire n’est pas l’histoire et que tout mensonge peut probablement être déclaré véniel.

L’article écrit sur le Mans, lui, n’a pas d’introduction bucolique. Elle n’est probablement pas nécessaire puisque M. Gérard écarte d’emblée le site en y respectant, dit-il, votre demande : car la ville ne souhaitant pas les accueillir tout en souhaitant oeuvrer «pour une mémoire commune (J.C. Boulard)». Si la part républicaine de cette mémoire commune vous importe, si nos élus sont toujours dépositaires de ses valeurs, comment la ville du Mans pourrait-elle supporter qu’un seul de ses fils, tombé les armes à la main pour défendre son droit, sa maison et la République, ou même tué par erreur dans les combats de rue, puisse aujourd’hui être abandonné à ces ignobles tractations destinées à les exiler? (annexe 1)

Aucun historien ne peut actuellement fixer l’ensemble des sépultures d’urgence aux seuls Jacobins, en excluant le «grand cimetière» de la paroisse Sainte-Croix proche des combats de l’actuelle rue Nationale, celles du cimetière de Pontlieue pour les combats de cette commune alors distinctedu Mans, celles de l’enclos de «la justice» à Pontlieue pour les suppliciés d’après la bataille, celles des hospices, hôpitaux militaires… Aucun ne subsiste. Les fosses des Jacobins recueillirent, à proximité, dans la peur de l’épidémie, des corps non réclamés par leurs proches, souvent déjà

dénudés et non identifiables. Ils le furent souvent sans le témoignage de leurs proches qui restèrent cloîtrés chez eux (annexe 2).

D’autre part les études scientifiques menées sur ces ossements ne permettent pas d’identifier la région d’origine de ces corps, ni leur parcours lors de la Virée de Galerne et surtout pas leur couleur politique. Le seul ressort qui anime le discours de M. Gérard - C’est la première fois qu’un site lié à la Guerre de Vendée fait l’objet d’une fouille scientifique et pluridisciplinaire – semble être son intérêt à exploiter les preuves matérielles de la bataille pour attester de la sauvagerie des combats. De cette rage guerrière, nous sommes tous convaincus mais elle n’est que le témoignage habituel des guerres du temps (annexe3) qui ne peut faire l’objet d’une récupération opportuniste indigne d’un historien.

Dans la décroissance des choix étudiés, suivent le musée et le mémorial des Lucs-sur-Boulogne dits emblématiques des massacres vendéens car possédant la seule liste (apocryphe et erronée, source de débat historiographique (1993) comme précisé par Monsieur Gérard) des saccages attachés aux colonnes infernales de l’armée républicaine. Le lieu ne ferait pas le consensus car construit pour un autre but mémoriel qui est de «commémorer les massacres de 1794». Le statut de ce musée avait cependant été avancé auparavant pour permettre le dépôt légal des objets issus des fouilles du Mans. Qui croire?

Vient ensuite la chapelle du Mont des Allouettes. L’auteur y renoue avec une introduction touristique «faisant découvrir l’ensemble du haut-bocage vendéen» suivi d’un très long commentaire sur l’histoire de ce monument «monarchiste», seul monument de Vendée dédié au roi Louis XVI et portant son effigie. Monsieur Gérard le disqualifie d’emblée arguant cette origine et l’initiative politique: «que le promoteur de ce site avoue avoir ignoré… Comment y abriter, parmi les victimes vendéennes du Mans, d’éventuels républicains?». La question impartiale ne devrait-elle pas être : Peut-on abriter dans l’ensemble de ces lieux religieux, mémoriels, tous marqués idéologiquement par les nostalgiques de la Vendée militaire, quelques restes archéologiques que ce soit?

Sommes-nous encore avides d’arracher des «reliques» dans l’acceptation médiévale du terme? Devons-nous abdiquer nos valeurs au bénéfice de ceux qui ravivent les oppositions et les vieux conflits?

Comment un historien peut-il affirmer : «les entrepôts de l’INRAP, conçus pour conserver dans des conditions optimales les objets issus des fouilles pendant leur étude ne peuvent être le lieu de dernier repos… ils ne sont évidemment pas un lieu mémoriel» alors que légalement les dépôts archéologiques sont prévus à cette fin partout en France!

Cette étude est pour nous clairement une trahison de son objet. Elle n’est pas tant attachée à l’avenir de ces restes qu’à la mémoire qu’elle souhaite en faire tirer, même si son auteur conclut prudemment que «c’est bien l’État et la Drac (Direction Régionale de l’Action Culturelle) qui auront le dernier mot» surtout «si les restes humains du Mans risquaient de faire rejouer d’anciennes haines». Notre propos, comme vous le savez monsieur le Maire, n’est en rien animé par la haine.

Comment un département, Vendée ou tout autre, et ces associations nostalgiques de la Vendée monarchiste se permettent-ils d’essayer de s’approprier les traces de cette guerre civile impitoyable dont les outrances et les massacres doivent être replacés dans leur contexte?

Nous ne pouvons que partager le respect demandé par de «bonnes consciences». Nous leur rappelons cependant que ces traces auraient pu être indistinctement balayées par les engins du chantier, sans bruit, sous le sceau du secret, comme cela se fait malheureusement régulièrement au détour d’aménagements urbains peu surveillés et avec la caution d’élus inquiets des dépenses publiques. Que soit donc salué l’intérêt des résultats précis apportés par l’archéologie. Que ces corps demeurent, dans l’observation de la législation en vigueur, dans les dépôts archéologiques publics. Il serait aberrant de les déplacer! Les pouvoirs publics se doivent d’inventer un lieu de conservation au service de l’histoire et non d’une quelconque mémoire partisane.

Comme vous nous l’avez indiqué, monsieur le Maire, votre position serait toute autre si un seul sarthois demandait la conservation des éléments liés à son histoire familiale. Nous la demandons pour eux et à la mémoire de Jacques René Campaux, entre autres. (annexe 4)

Nous demandons que la question de la conservation et de la propriété de toutes ces découvertes, soit inscrite aux débats du conseil municipal et qu’une décision claire soit apportée par les élus de notre République : sur le fond, dans le respect de la loi et non seulement sur une faisabilité technique.

Persuadée que seules les propositions ci-dessous mettront fin à cette odieuse campagne, notre Société demande en conséquence à l’Etat et à la Ville :

• le respect de la loi de 1920 qui interdit le transfert des corps ;

• le transfert du mobilier trouvé au Mans vers le «Carré Plantagenêt», musée d’archéologie et d’histoire de cette ville ;

• la conservation des ossements dans les réserves de la DRAC, ceci d’autant qu’une population relativement homogène, frappée de mortalité à un moment connu avec

précision et solidement documentée, peut être un outil précieux pour les chercheurs de l’avenir.

Veuillez agréer, monsieur le Maire, l’expression de nos sentiments républicains.

Pour la Conseil d’administration de la SARF,

Daniel JOUTEUX, Président

Pierre DARLOT, Vice-Président

 

Notes annexes de Pierre Darlot

Je reste, comme les membres de la SARF, à la disposition des chercheurs, des élus, désirant découvrir de modestes documents oubliés sur cet évènement historique, les connaître les montrer.

Je reste débiteur de la commune du Mans, d’un euro symbolique que je lui offre, comme tout citoyen sarthois probablement, si elle ne trouvait pas en elle-même les

moyens financiers nécessaires à affirmer son droit à conserverses traces archéologiques.

Annexe 1

1 Note en marge d’un Registre des paroisses du Mans

 … est à observer que du 8 frimaire au 2 nivôse, il n’a pas été fait d’enregistrement. C’est que vu l’approche des brigands ces registres ont été déplacés le 10 frimaire et ne sont rentrés que le 8 nivôse, ce qui est plus authentiquement constaté par un procès verbal dressé par le Conseil Général…

signé Crépon.

Où se trouvent donc notés ces morts civils (les disparus) s’ils n’ont pas été reconnus et ensevelis individuellement? Le compte traditionnellement fait est-il fiable?

2 Registre des décès de la commune de Pontlieue (Archives de la Sarthe numérisées et consultables).

16 nivôse An II (5 janvier 1793) par Michel François Vétillart maire… Marie Pottier (50 ans) m’a déclaré que Noël Belanger, bordager, domiciliée à Pontlieue, âgé de 35 ans son époux a été tué par les brigands (Armée Catholique et Royale) le 20 Frimaire dans cette commune, d’après cette déclaration […] n’ayant pu par moi-même m’assurer de ce décès vu les circonstances […].

Sépulture d’urgence sur Arnage au plus près des combats, fosse commune au cimetière Pontlieue, tombe individuelle, où?

3 Registre des décès de la commune de Saint Pavin des Champs, (Archives de la Sarthe numérisées et consultables).

10 nivôse An II (30 décembre 1793) par Louis François Lemore, officier public de Saint Pavin des Champs, Charles Lebileux, journalier domicilié section d’outre ponts ville du Mans […] m’a déclaré le décès de Charles Lebileux son père tué par les brigands (Armée Catholique et Royale) à l’entrée de la route de Laval […] le 10 décembre […] lorsqu’il fuyait après la prise de la redoute de Pontlieue, âgé de 50 ans […]

Le sacristain étant présent comme témoin, probablement sépulture d’urgence au cimetière Saint Pavin des Champs, tombe individuelle ou fosse d’urgence?

4 Registre des décès de la commune de Pontlieue, (Archives de la Sarthe numérisées et consultables).

Seize Nivose de l’An II, ou 5 janvier 1794 vieux style, par devant nous Michel François Vétillard maire… que Noël Belanger, bordager, domicilié à Pontlieue, âgé de trente-cinq ans son époux, a été tué par les brigands le vingt frimaire dans cette commune, d’après cette déclaration que les dits citoyens Louis Leclancher, journalier et Michel Chantelou, journalier, m’ont certifié, ayant eux-mêmes reconnu le dit Noël Belanger mort, et n’ayant pu par moi-même m’assurer du dit décès…

Ramassé avec les morts vendéens, tombe individuelle,fosse commune à Pontlieue?

5 Acte notarié du Mans au 15 Germinal An II, Archives de la Sarthe 4E 19/661.

Inventaire estimatif et descriptif des meubles et effets dépendant de la succession de François Rousseau, tailleur de pierre, a été fait à la requête et en présence de Marie Rousseau… rue Marat… l’on observe que la dite veuve Rousseau a pris cette somme sur l’indemnité que lui a accordé la municipalité d’après la loi qui accorde des soutiens aux veuves de ceux qui sont morts en défendant la Patrie, comme ayant le dit défunt été tué par les brigands de la Vendée lors de leur passage au Mans…

6 Acte notarié du Mans au 15 Pluviose An II, Archives de la Sarthe 4E 25/271

Est comparue la citoyenne Renée d’Avière veuve du dit citoyen François Bardet, compagnon tanneur, tué par les brigands lors de leur entrée dans cette ville…

7 Registre des décès de la commune de Sainte Croix, (Archives de la Sarthe numérisées et consultables).

Aujourd’hui 24 frimaire l’an second de la république française une et indivisible sur les deux heures après midi devant Jacques Pinceloup, maire…/… que le citoyen Pierre Jacques Roinsol agé de quarante-trois ans, bordager a été fusillé par un brigand de la Vendée le vingt un frimaire sur les quatre heures après midi dans le carrefour du Bourg d’Anguy, d’après cette déclaration je me suis transporté dans le lieu où il avait été déposé et après m’être assuré du décès…

Il est donc resté trois jours dans la rue. Sépulture au Grand Cimetière sous l’ancien site des Mutuelles rue Chanzy.

Faut-il d’autres preuves?

Annexe 2

1 Lettre de Madame Ménard de la Groiye (épouse du délégué aux Etats Généraux, juge du Mans et quelques semaines ensuite Maire du Mans), Archives de la Sarthe 10 J 127, le 30 frimaire An II.

… Mon cher ami… les brigands sont entrés au Mans, ton papa qui était du Conseil militaire n’a sorti de la ville qu’après avoir apperçu la tête de la colonne ennemie, cinq minutes plus tard il n’était plus temps, du Joncherai (son fils) qui avait pris les armes s’est replié avec notre armée jusqu’à Alençon…nous avons vu l’armée chrétienne, et nous l’avons qui pis est sentie. Ils sont tous pestiférés, la dysenterie dont ils sont attaqués nous aurait tous fait périr, et la famine, s’ils étaient restés trois jours de plus, sur 40 environ que j’ai logé, il y en avait une trentaine de malades, ils nous ont laissé ma chambre par grâces, où nous couchions toutes… ils avaient 7 feux, ils m’ont brûlé deux charretées de bois, volé 700 bouteilles de vin vieux, bu deux poinçons, dépensé toutes nos provisions, pris 4 douzaines de chemises, pris les vestes et culottes de couleur à ton père, et à ton frère, emporté le manteau, le chapeau et la médaille à ton père, mouchoirs de poche, bas, souliers etc…Ils ont forcé ta boëte et pris ta canne à sabre. Sans la maison Trotté qui nous a emmené diner chez eux et fourni de pain à nos domestiques, je ne sais ce que nous serions devenus. Ils n’ont point été pillés parce qu’ils logeaient un officier et deux prêtres, toutes les maisons d’apparence ont été pillées, aristocrates ou non. M Janard perd 15 000 Livres. Aussi les aristocrates sont-ils plus furieux de contre eux que les autres /ils croyaient que cette armée était tout autre chose / ils la croyaient capable de renverser la République… J’estime ma perte à 1 500 Livres au moins et elle aurait été bien plus grande, si je n’avais pas fait sortir de la maison nos effets les plus précieux…

2 … Comme je n’ai point sorti pendant le séjour des brigands au Mans ni deux jours après dans la crainte de voir des corps morts, je n’ai été bien instruite qu’après le retour de ton papa, le plus fort de la bataille a eu lieu dans la rue des quatre roues, à la halle, sur la place de l’épron, les maisons ont été bien endommagées dans la rue des quatre roues on est occupé à refaire les façades de plusieurs, le combat a duré dans la ville 21 heures, l’histoire ne fait point mention de pareille guerre, au bout de 12 heures la victoire se déclara bien en faveur de la République parce que l’armée de Mayence commandée par Westerman les mit en déroute, s’empara de 11 canons, d’un nombre bien plus considérable de caissons, de leur trésor, qui si on en croit un prêtre qui me l’a dit était de cinq millions en assignats et six cents mille Livres en numéraire, des crosses, des mitres, des reliquaires… M de Vansay chargé par la municipalité provisoire de faire enterrer les morts, estime qu’il en a été tué en ville 3000… (etc) il est bien vrai que s’ils n’avaient pas été chassés le pillage aurait été complet, ils auraient tout emporté. Tous nos marchands avaient fait charroyer leurs marchandises et effets hors de la ville… Les brigands n’ont tué au Mans que Poitou, hôte du Grand Dauphin et l’abbé Goulette ancien vicaire d’Yvré mais il se l’était attiré par sa jactance et son imprudence. Ils ne se sont guère occupé que de manger…

3 Courrier des citoyens Le Gras (du Luart) et Chaudron au Maire et officiers municipaux le 2 messidor An II de la République, Archives de la Sarthe 111 AC 1545.

[en remerciement d’une lettre les nommant commissaires de leur quartier]… Le Gras, l’un de nous a perdu mardy et mercredy plus de 15 000 Livres tant en mobilier qu’en argent qu’il a été obligé de donner pour se sauver la vie, ayant été mercredi depuis neuf à dix heures du matin jusque près de trois heures après midy leur prisonnier, ayant été marqué de deux coups de pistolet, d’un coup de sabre. Hé bien ! sa perte et celle du citoyen Chaudron ne rellentirons point leurs civisme et patriotisme…

Annexe 3

Lettre du Général Marceau au Ministre de la Guerre (15 décembre 1793), publiée dans les Mémoires historiques relatifs à la Révolution Française, T XXXV)

Tu as vu dans ma dernière lettre la colonne de Cherbourg commandée par Tilly, non seulement arrêter un ennemi presque victorieux, mais encore le mettre à son tour en désordre et le forcer à une retraite si précipitée qu’elle traversa avec lui le pont du Mans (Pontlieue) entra dans le faubourg et pénétra presque dans la ville. Arrivé à un  retranchement pratiqué dans une rue, elle y trouva une vigoureuse résistance. Ne consultant que son courage elle fondit si impétueusement sur les rebelles qu’elle leur enleva quatre pièces de canon. Entièrement déconcertés ils ne virent plus de ressource qu’en se jetant dans les maisons et en tirant des fenêtres. Leur feu fut si bien soutenu qu’il nous arrêta tout court. La prudence ne permettant pas d’exposer des hommes gratuitement je me contentais de faire braquer leurs canons contre eux et je leur envoyais le reste de la nuit trois caissons de gargousses qu’ils avaient laissé en notre pouvoir. Je me déterminais d’autant plus volontiers à ne pas pousser plus loin que la première division commandée par Kleber se trouvait encore éloignée de nous. Elle fit ce jour là dix lieues. En apprenant le combat elle oublia ses fatigues et redoublant la marche elle arriva une heure avant le jour . La colonne de Tilly qui n’avait cessé de se battre avec une opiniâtreté égale à celle des Vendéens se trouvait très fatiguée. J’en fis relever les postes par la première division. Le jour commençait à peine à poindre que l’avant-garde de cette division me fit demander la permission de charger à la baïonnette. Je la lui accordais. Un morne silence interrompu par des cris de triomphe m’annonça le succès de cette mesure. Cette audace vraiment républicaine déconcerta l’ennemi qui évacuant les maisons ne songea plus qu’à chercher son salut dans la fuite, nous abandonnant ses bagages et jetant ses fusils. Il prit la route de Laval. Nos soldats en firent une boucherie épouvantable dans la ville et le poursuivirent sur la route avec un si grand acharnement que bientôt ce ne fut plus quelques fuyards mais toute l’arrière-garde qu’ils attaquèrent .

Je venais de donner ordre à Westermann de monter à cheval avec toute sa cavalerie. La promptitude avec laquelle il exécuta cet ordre ne laissa pas à l’ennemi le temps d’aller plus loin. Il le joignit et le chargeant avec intrépidité il jeta parmi les Vendéens une terreur si forte qu’ils ne songèrent plus à y opposer aucune résistance. L’infanterie légère suivant de près la cavalerie. Quelques harassées que fussent nos troupes elles firent encore huit lieues à la poursuite de l’ennemi. Sept pièces de canon et neuf caissons restèrent en notre pouvoir. Les paysans du pays n’ont fait aucune grâce aux fuyards qui se sont écartés de la route

Annexe 4

Le 9 vendémiaire de l’An III de la République (Archives de la Sarthe, L 876).

Devant Jacques Pierre Vallet, juge de Paix de la section de l’Egalité et de la Montagne de la ville du Mans, est comparu le citoyen François Campaux Apothicaire demeurant commune de Sillé-la-Montagne (Sillé-le-Guillaume) lequel m’a dit que son frère Jacques René Campaux chirurgien au dit Sillé (38 ans) ayant été tué en cette commune le 20 frimaire dernier par les brigands (Armée Catholique et Royale) […] veuf de Perrine Faillard et père de cinq enfants, tous en bas âge, logeait en cette commune à l’auberge du Cygne près de la place de «l’Epron» et que c’est à la dite auberge que les brigands ont pris et tué le dit Campaux […] suivent les déclarations de divers témoins sur cette affaire et attestation de mort sans cadavre… a dit que le dit Campeaux logé au Cygne demanda des armes pour aller combattre les brigands qui venaient au Mans, qu’il fut du combat de Pontlieue… revint à l’auberge se cacher… (les brigands) prirent le dit Campaux et lui ôtèrent son portefeuille, le conduisirent sur la place de l’Epron… qu’elle entendit un coup de fusil et qu’un moment après les brigands rentrèrent dans l’auberge ayant en main la veste, la culotte, les souliers et les boucles d’argents du dit Campaux […]

Une autre témoin … que les brigands dirent à Campeaux : crie Vive le Roi! Que Campeaux dit qu’il ne connaissait de Roi que Louis seize qui était un gueux, un tyran et qu’il ne crierait pas Vive le Roi. Que les brigands donnèrent un coup de sabre sur la main du dit Campeaux qui saignait beaucoup et voulurent encore le faire crier Vive le Roi. Que Campeaux ayant encore refusé un brigand lui tira un coup de carabine, duquel coup le dit Campeaux tomba mort…

Que le lendemain matin 21 frimaire passant sur la place de l’Epron près de la maison du citoyen Le Boullais horloger, elle a vu le dit Campaux, qu’elle reconnut, très bien, couché par terre et sans vie […]

Ce document prouve, que ce républicain dénudé resta aussi toute la bataille au sol, recouvert par les cadavres accumulés en cette place qui fut le dernier bastion de la résistance à l’avancée des troupes républicaines. Il fut compris dans les charrois qui relevèrent indistinctement après la bataille les corps nus, mêlés et mutilés et se trouve probablement parmi les sépultures d’urgence des Jacobins.

Cet acte donne ordre d’inscription sur les registres de la section de Marat, lieu de mort dudit Campeaux. »

 

SARF en action 8 1

Dans le même temps, la SARF 72 s’adressait à l’ensemble des conseillers municipaux de la ville du Mans pour les informer de la situation :

Le Mans, le 15 mai 2016

À Mme, Mr le Conseiller municipal du Mans

Objet : Ossements des Jacobins.

 

Madame, Monsieur le Conseiller municipal,

Comme notre Société, vous avez certainement pris connaissance des multiples articles sur le devenir des ossements des Jacobins parus dans le journal Ouest- France depuis le mois de janvier 2016 jusqu’à ce jour, et vous avez pu constater l’odieuse campagne menée soit par des associations vendéennes telles le Souvenir Vendéen, Vendée militaire, la Fédération des fils et filles (sic !) des victimes du génocide vendéen, et autres, pour s’approprier lesdits ossements aux fins de créer des lieux de mémoire dans la chapelle du Mont-des-Alouettes, dans l’église de Saint-Martin-Lars « avec un office religieux catholique annuel », ou ailleurs…, soit par des élus de Vendée ou du Maine-et-Loire réclamant les ossements pour l’Historial des Lucs-sur-Boulogne ou pour l’église de Saint-Florentle-Vieil.

Cela n’est pas pour nous étonner puisqu’il s’agit pour ces nostalgiques de l’Armée catholique et royale soit de criminaliser la République afin de l’amener à repentance pour un prétendu « génocide », soit d’oeuvrer à « une réconciliation » comme si la République avait à se réconcilier avec ceux qui ont pris les armes contre elle aux cris de « Vive le Roi », et jeté l’Ouest dans une guerre civile atroce au moment même où la France combattait les armées des monarchies d’Europe.

Par contre, nous nous sommes étonnés et inquiétés de la position du maire du Mans relatée par le journaliste :

– « Une sépulture en Vendée ? Saisi par Philippe de Villiers en 2009, le maire du Mans, Jean-Claude Boulard, a tout de suite accepté. » (O-F du 9/01/2016) ;

– « Dès 2009, Philippe de Villiers, alors président du Conseil général de Vendée, avait proposé un transfert des ossements à l’Historial de Vendée, aux Luc-sur-Boulogne, en accord avec Jean-Claude Boulard, le maire socialiste du Mans. » (O-F du 29 mars 2016).

Nous avons donc rencontré Monsieur le maire du Mans le 4 mars qui nous a confirmé l’exactitude des propos rapporté par le journaliste, nous précisant qu’il ne veut pas des ossements et que si d’autres les veulent, il n’a pas d’objection, ce qu’il a dit à Philippe de Villiers et à Bruno Retailleau ; que si l’Etat lui remettait les ossements, il serait mis dans un simple ossuaire, sans mémorial ni monument ; que l’on ne commémore pas les guerres civiles.

Suite à cette audience et après notre entretien à Nantes, le 8 mars, avec le Directeur de la Direction Régionale des Affaires culturelles des Pays de la Loire et son Responsable du Service Archéologique Régional, notre Conseil d’administration a adopté une Résolution (voir pièce jointe) demandant :

– à l’Etat et à la Direction Régionale des Pays de la Loire la conservation des ossements par l’Etat dans les dépôts archéologiques prévus à cet effet, c’est - à- dire soit au dépôt de Nantes du Service Régional d’Archéologie, soit sur le lieu de la découverte, au nouveau dépôt SRA

prévu caserne Paixhans au Mans, celui de la chapelle des Réparatrices étant actuellement saturé ;

– au Maire du Mans de reconsidérer, à la lumière des éléments de ce dossier, sa position, et d’appuyer auprès de l’Etat et de la DRAC des Pays de la Loire la demande de conservation des ossements des Jacobins du Mans par l’Etat, suivant les lois en vigueur (loi de 1920 contre le transfert des corps) ;

– au Maire du Mans de réclamer auprès de la Direction des Affaires Culturelles des Pays de la Loire les objets archéologiques pour Le Carré Plantagenêt, musée d’archéologie et d’histoire de la ville du Mans.

Lors d’une nouvelle audience le 21 avril, nous avons exposé à Monsieur le Maire du Mans notre position. S’il s’est dit d’accord avec la position de la SARF, précisant qu’il appartenait à l’Etat de décider et de gérer le problème des ossements, il s’est cependant refusé à faire connaître

publiquement cette position tant auprès de la DRAC qu’auprès du journal Ouest-France, maintenant ainsi ses accords avec les élus vendéens pour un transfert des corps vers un lieu de mémoire, pourvu que ce ne soit pas dans sa ville.

Mieux, le lendemain de cette entrevue paraissait un nouvel article dans Ouest-France rapportant « les choix de l’historien » Alain Gérard, l’un des deux experts qui « ont accepté la proposition des représentants des trois collectivités : Jean-Claude Boulard, maire PS du Mans, Yves Auvinet, président divers droite du conseil départemental de Vendée et Bruno Retailleau, président LR de la Région » (Ouest-France du 29/03/2016), experts chargés d’une « mission scientifique délicate pour travailler à la réconciliation » pour reprendre le titre de l’article.

Que penser d’un comité d’experts composé de deux personnes dont l’une missionnée par l’Inrap dont la mission n’est pas de rechercher où doivent aller les ossements du Mans mais d’étudier les fouilles archéologiques et de rendre un rapport scientifique, ce qui a d’ailleurs été fait, et dont l’autre, historien membre du Souvenir Vendéen, auteur de Vendée, les archives de l’extermination, ne brille pas comme on peut le constater par son indépendance et son impartialité.

Ainsi, cette fameuse « mission scientifique », dont l’historien – bien choisi – a rendu seul et en son nom personnel un rapport, prouve combien ledit comité d’experts n’a été qu’une manoeuvre pseudo-scientifique dont le seul objectif assigné était de déterminer un lieu de

mémoire.

Et cela s’est fait en plein accord avec le maire du Mans dont la position sur ce dossier nous semble non conforme à la tradition et la réputation républicaine de la ville du Mans, et avoir facilité, dès 2009 et au cours de ces derniers mois, cette odieuse campagne contre la République.

C’est pourquoi, Madame, Monsieur le Conseiller municipal, le Conseil d’administration de la SARF, réuni le 30 avril, a décidé de s’adresser à vous tant il nous semble conforme à la démocratie qu’il revienne aux élus, à tous les élus, de se prononcer sur un tel dossier.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur le Conseiller municipal, l’assurance de nos sentiments républicains et démocratiques les meilleurs.

Pour la SARF, son président,

Daniel Jouteux.